Pastiche plus ou moins volontaire

Lundi 28 janvier, 2008 at 1:40 (Necdote ?)

Malgré la vigueur de ma somnolence, ce qui constitue à l’évidence un épouvantable oxymore et c’est d’ailleurs pour cette raison précisément que je le dis, malgré la vigueur de ma somnolence, disais-je avant d’être assez grossièrement interrompue par moi-même – quelle impolitesse, cette génération – malgré la vigueur de ma somnolence, donc, et tandis que je réintégrais mes pénates à des heures indues (c’est-à-dire 19h30), il y a certaines choses qui parviennent à inciter mes zygomatiques à la tétanisation crispée.

Je pense notamment à la porte du local d’informations de la Ratpe, qui se trouve entre les lieux de perditions où je manipule des stylos éminemment freudiens de la main droite tout en lisant Aristote de la gauche et en me faisant sauvagement corriger par une maitresse ès latin qui ne demande que ça, et le pur et chaste chez-moi où végètent de concert le chat et son propriétaire (je suis méchante et injuste avec l’un des deux, mais je ne dirai pas lequel).

Ce local, donc, qui croisa mon chemin il y a quelques jours, avant que je ne m’autorise des vacances qui devenaient d’une urgence vitale, est ma foi tout ce qu’il y a de plus décent, avec un guichet pour avoir les susnommées informations et une porte. En verre, la porte, c’est très important.

Sauf que, voilà la raison de ma joie imbécile de tout à l’heure : sur ladite porte vitrée, qui soit dit en passant ouvre sur un lieu aussi accueillant qu’un bouledogue affligé d’hémorroïdes soignées à la moutarde à l’ancienne, il y a un panonceau, tout à fait quelconque et rectangulaire, si ce n’est que dessus le panonceau, c’est écrit, deux points, ouvrez les guillemets :

“POUR ACCEDER AU LOCAL, VEUILLEZ POUSSER LA PORTE S.V.P.”

Et là, là, malgré la vigueur de la somnolence dont au sujet duquel je vous boursoufflai le cortex pas plus tard qu’il y a peu, eh bien j’abandonne,je rends les armes, et pour tout dire, je me marre carrément.

Merci, ô gentil monsieur de la Ratpe qui a mis ce panneau en lettres capitales pour réanimer mes neurones moribonds et ce blog qui l’était tout autant par la même occasion, merci. C’est que, cette affichette, elle veut dire : vous êtes des veaux, faut tout leur expliquer à ces cons-là, et en plus, gentiment, puisqu’on dit s’il vous plaît. Des fois que ça leur plairait pas, genre je veux un renseignement, mais j’ai pas envie de pousser la porte, j’attendrai qu’il vienne DEHORS. Ou alors, je passe à travers ladite porte, pourquoi pas.

Le pire, dans tout ça, c’est que vous ne m’ôterez pas de l’esprit que ce panneau a une utilité. Sigh.

Cette chronique de l’imbécilité ordinaire vous était présentée par les papiers toilette Lotus, et je retourne me coucher, avec la satisfaction inconvenante que vous savez.

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La leçon est jolie.

Lundi 14 mai, 2007 at 4:43 (Necdote ?)

La leçon du jour nous vient d’un petit Antillais. (Toutes mes condoléances aux quelques qui révisent l’Outre-mer français. Bref.) La leçon, disais-je, nous vient de ce petit Antillais.

Nous ne lui donnerons pas de nom, de toute façon, son nom, je le connais pas, et pis j’ai la flemme de faire les cinq mètres qui me permettraient de demander des éclaircissements aux autorités maternelles.

C’était un petit Antillais, disais-je, et d’ailleurs, c’est toujours un petit Antillais, du moins je l’espère pour lui, car l’histoire date d’avant-hier.

Le petit, donc, s’installe dans une nouvelle chambre. Au-dessus de son lit, avec un soin, une dévotion extrême, le môme punaise une photographie d’un vieil homme noir, au doux sourire, légèrement amusé.

Derrière l’enfant, un éducateur. Ah, oui, parce qu’on est dans un foyer, et que donc, un éducateur aide le petit garçon à s’installer dans ce qui sera desormais son chez-lui. L’éduc, donc, veut être gentil, et mettre le petit à l’aise, parce que bon, le petit, s’il est là c’est qu’il y a une raison et qu’il doit pas être super heureux, alors il lui dit que dis-donc, ton grand-père, qu’est-ce qu’il a une bonne gueule, qu’est-ce qu’il a l’air sympa !

Et l’enfant de se redresser de toute la taille que lui permettent ses huit ans, et de regarder d’un air hautain le pauvre moniteur-éducateur qui probablement s’attendait pas à celle-là :

- Mais enfin, Monsieur, c’est Aimé Césaire !

Vraiment, la leçon est jolie.

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