Rattrappage.
S’en sont passées, des choses, depuis la dernière fois, hein.
D’abord, chais pas si j’vous l’ai dit, si je l’ai pas fait mes parents ont dû le faire, je passe en khâgne. A Ellelgëh, oui. Bref.
Ensuite, je suis plus amoureuse que jamais d’un petit con de Toulousain, qui curieusement me donne le sourire, même quand il est pas là. Efficace, comme antidépresseur.
Et puis, il y a eu ces huit jours en Grèce. Ces huits jours délirants. Que je vous raconterai, promis. Par par le menu, ça me ferait chier encore plus que vous. Non. Mais une ou deux choses qui m’ont marquées. Un ou deux trucs que je n’oublierai pas.
Et puis, merci, merci à tous ceux qui ont vu qui j’étais. Malgré tout.
Considérations musicologiques, La Prépa Pour Les Nuls #9
L’hypokhâgneux, et à fortiori le khâgneux, qui est le susnommé en plus atteint, est une bien étrange créature.
C’est entre autre musicalement que la différence entre un Ellelgéen et un bipède humanoïde normalement constitué que la différence se fait particulièrement sentir.
Votre serviteuse est récemment partie en reconnaissance dans le monde étrange et pénetrant par là d’Ellelgëh, et vous livre ses considérations sur une manifestation étrange, fruit de coutumes immémoriales probablement nées de leur cerveau dérangé, ce qui fait à l’évidence une généalogie assez terrifiante, et que l’on nomme ici la fête Hachkhakhââ. On cherche encore ce que peut bien vouloir signifier ce nom barbare, et l’on pense à une forme d’alcool, ou alors à un rituel vaudou.
Bref, votre serviteuse vous livre ici ces notes, directement retranscrites sans réécriture qui serait un travestissement des faits purs.
19h : Arrivée sur les lieux. Autour de moi, un troupeau de créatures porte des tables et des chaises en poussant des grognements gutturaux. Ils vont les empiler dans un coin, sans doute dans le but de créer avec les moyens du bord un autel sacrificiel. J’ai d’ailleurs, dans l’éventualité d’un pareil évènement, apporté de la nourriture et de la boisson pour amadouer les créatures. Je ne suis pas la seule : tous les bipèdes que je vois là posent à présent leurs offrandes sur l’autel. Je fais de même, pour ne pas risquer de les contrarier.
19h45 : Je me suis mêlée à la population autochtone, qui semble communiquer par borgborygmes et pas gloussements. J’entends les mots “alcool”, “musiiiiiiiiikhe”, “danse”. Je penche de plus en plus pour une cérémonie propitiatoire.
20h25 : Un attroupement commence à se former autour de l’autel, et, à ma grande stupeur, les autochtones se servent directement de la nourriture. S’agit-il d’un rituel de purification ? Dans la salle adjacente, des individus ont entamé à se secouer dans un mouvement qui ressemble à une danse rituelle : cela confirme mon idée de cérémonie religieuse.
21h49 : Horreur ! J’ai découvert que la population autochtone adorait Khlôdfranssssouah, le dieu maléfique de la musique pourrie des années 70. Ils sont à présent pour bonne partie entassés dans la salle de danse rituelle avec les bras levée et entament une incantation. Je me vois forcée d’en faire de même, pour ne pas risquer de les contrarier. Et si je finissais sacrificiée ?
22h16 : Mes pires craintes se sont révélées justifiées : dans le domaine musical, les hypokhâgneux et leur évolution naturelle, les khâgneux, sont des créatures maléfiques qui ne dansent que sur Khlôdfranssssouah ou, pire, PlââstikhBaitrhan, son avatar Antéchristique. Ces gens sont fous ! Nous allons tous mourir, nous allonsaaaaaaargh…
[A cet endroit la page reste blanche après une profonde rature.]
Les déboires d’un ego, avec ou sans trique.
Oui, je sais, les calembours sont un pet de l’esprit, disait Totor, qui a quand même placé sous des dehors dédaigneux la calembourophilie jusqu’à écrire les vers divins :
Gall, amant de la reine, alla, tour magnanime,
Galament de l’arène à la tour Magne, à Nîmes.
Après un pet pareil, on peut plus causer. Donc voilà, j’aurai placé mon titre, et cela, comme d’habitude, pour écrire un article d’un désintérêt profond, mais j’en arrive à soupçonner que vous aimez ça, bande de masos.
Que voulais-je dire ? Ah, oui : moi. Chais pas pour vous, mais alors, depuis que ces scrogneugneux de concours blancs sont passés, j’ai une incapacité totale à bosser. D’aucuns diront que ça change pas grand chose à d’habitude, mais là, justement, si. C’est pire.
Au prix d’un énorme effort de volonté, j’ai fini Bette et la Curée, mais alors, bosser ! J’y arrive pas. Je fais du bon manger, je prends des bains, je dessine, j’aime, je lis, je vais jusqu’à ranger ma chambre, mais BOSSER !
Plus le temps passe, plus je me demande ce que je suis allée faire dans cette Chébèque.
Marianne, ma douce Marianne en qui, si l’on en croit Zerrchou, une gourgandine sommeille, m’a dit entre deux braillages de Brassens, l’autre après-midi où on avait pas réussi à bosser, que j’avais mes chances pour Ulm. Mais, a-t-elle ajouté, hélàs à raison, si je me mets à bosser.
Mes enfants, croyez m’en, ne pas avoir eu besoin de bosser, jamais, et se pointer en prépa en étant incapable de se faire un planning de travail ou de se mettre à son devoir d’histoire plus de six heures avant d’avoir à le rendre, c’est une infirmité.
J’aimerais savoir bosser. Je t’admire, Caro, ma Nonne congelée, toi qui sais bosser au lieu de parler pendant les heures de repas, je me mets à genoux devant tous ceux qui savent se pointer en cours de littérature en sachant de quoi parle le texte qu’on était censé préparer pour aujourd’hui. Et je me conchie de ne pas être capable, au lieu d’écrire cet article d’un vide intersidéral, de faire mon petit Grec.
*Pause lardons. On déconne pas avec les carbonara.*
Si j’en lis Balzac, j’ai ça dans le sang. Suffit de lire la description de Wenceslas, c’est exactement moi.Non, je vous la donnerai pas, z’aurez qu’à aller la lire tous seule, voilà. Sauf que Balzac, ça va cinq minutes, mais le sang, hein…
J’ai pas un père sociologue pour rien, encore que je ne sache pas pourquoi je dis ça.
Faudrait que je mette une photo, ça donnerait une excuse à ce putain d’article.
Un jour je vous expliquerai à quel point c’est beau de décider, un beau matin, que finalement on est un enfant, et d’aller s’étaler de concert à la patinoire, avec deux personnes magnifiques et aussi enfantines que nous. Et pas la même occasion, je vous expliquerai cette photo. Mais là, j’ai juste envie de vous dire, mes compagnons de dégel, mes amis de folie, que je vous aime. Petits cons.

Ah, oui, sinon faudrait que vous me disiez ce que c’est l’inverse de moi. C’est urgent.