Je suis vraiment censée mettre un titre ?
Marcher, dans Paris, une glace à la main.
Gueuler du Brassens au nez de la Seine qui définitivement en a vu d’autres.
Sentir le vent faire courir un frisson dans son cou.
Sourire.
Vivre.
Je vous aime.
Pour Clara. Je t’aime, tu sais, vous. Tu es lumière.

Je sais, je sais, j’écris pas beaucoup en ce moment, tout ça. Mais d’abord, y’a la Prépa, hein, parce que bon, je ne glande qu’à moitié, et puis y’a parano qui me prend du temps, parce que faire partie de l’Elite ETC, verte, tout ça, ça prend du temps.
Et puis, il y a mon ange, parce que penser à toi, et t’attendre, ça occupe une partie de mon espace vital, même si, désolée, mais je vis tout à fait pleinement, même sans toi.
Et puis, les jonquilles prennent de la place dans ma vie, et les chansons connes de la guerre du VietNam que chante ma prof, et les sourires et les larmes, et vous qui me manquez, mes autres, et quand est-ce qu’on se voit, et puis je ferme les yeux, et merde, je respire, et je mets un point.
Enfin, bref, ça prend du temps. Ou plutôt, ça en gagne. Du coup, mon blog…
Enfin, vous inquiétez pas, ça va venir !
La petit chat va mourir.
“Mais non, il souffre pas, il est pas malheureux, et tant qu’il gémit pas, hein, on peut pas…”
Il nous regarde d’un air presque suppliant. Allez-y, dites-moi qu’il souffre pas. Dites-moi que je vais pas être obligé de faire ce que j’ai toujours dit que je ferais, s’il souffrait, un jour.
Sauf que voilà, papa, je crois que tu nous mens. Tu te mens.
Je baisse les yeux, et je vois un vieux chat, un gentil chat, un chat extraordinaire, mon compagnon de vie.
Je baisse les yeux et je vois un vieux chat, un chat en train de mourir, un chat qui n’a même plus la force de ronronner, un chat qui ne parvient même plus à s’allonger.
Et j’ai envie de pleurer.
Parce que, dans quelques jours, maman et moi, on aura réussi à vaincre les mensonges de papa. On aura réussi à lui montrer la souffrance de ce vieux chat perclus qui ne mange plus et maigrit à vue d’oeil, vomit même le lait et ne réagit plus quand on le touche. Et puis, là, on ira chez le véterinaire.
Et puis après, il faudra rentrer dans l’appartement, nettoyer la caisse et ranger les gamelles, enlever les poils. Et il fera froid.
C’est con, mais j’aurais voulu pouvoir vous expliquer ce que ça fait, de voir mourir un chat, chaque jour un peu plus, j’aurais voulu que vous compreniez pourquoi je ne vois plus mon clavier à force de larmes, et pourquoi je ne supporte plus de voir sa silouhette de vieux chat se traîner dans l’appartement, sans même la force d’aller sur un lit, ou un coussin.
J’aurais voulu pouvoir vous dire que c’est la fin de mon enfance, que ce chat, c’est presque toute ma vie. Il a presque mon âge. Que ce chat, c’est des poils sur mon manteau depuis toujours. Que ce chat, il m’accompagne, c’est celui qui partage ma vie, avec douceur et patience, et gentillesse, depuis si longtemps. Silencieux, mais là. c’est ma chaleur, depuis presque toujours.
J’aurais voulu que vous compreniez ce que ça me fera, ce que je vais avoir mal, quand cette phrase résonnera.
“Le petit chat est mort.”
Back to USSR. C’est un peu ça.
Je me relis. Assise, en position foetale comme pour me protéger de mes propres mots.
Je me relis, le souffle coupé, les ongles enfoncés dans les paumes, les dents serrées pour accuser le coup sans crier.
Je me relis, merde, c’était ça, moi ?
Je me relis, ces vieux mots, ces mots anciens, ces mots que j’avais oublié, et tout me retombe dans la gueule.
Ces vieux mots d’amour, que je ne savais plus, j’avais même oublié comme je t’ai aimé. Non, je ne parle pas de toi Vincent. Toi, c’est bon, je sais.
Je parle de cette drôle de première fois, et de ce regard indolent que je posais sur le monde. Je parle de mon silence, qui les rendait fous.
Je parle de cette vie que j’ai oublié, cette vie-là qui est si lointaine, dont deux éternités me séparent, et cette jeune fille, cette adolescente étrangère dont la souffrance me glace, c’était moi ?
Non, ce n’est pas ça, qui me glace, ça ne doit pas être ça. Alors quoi ? Pourquoi je tremble en relisant tout ça ?
Peut-être, peut-être parce que ces sensations-là me sont si familières et inconnues, peut-être parce que j’ai le venin qui me remonte aux lèvres, peut-être parce que je pleure des larmes de sel, celles-là même que j’ai appelées, celles-là même qui me noyaient de ne jamais couler.
Peut-être parce que je suis heureuse, et que j’ai quitté les sables mouvants.
Peut-être parce que je ne sais plus ce que ça fait, se dissoudre, bon sang, c’est dingue, je me relis, et je sens la folie troubler les mots, je sens le souvenir de cette folie que j’ai embrassée, et je me fais peur, et j’ai peur pour moi, ou plutôt pour elle, retrospectivement, j’ai peur pour cette ado paumée d’amour et de souffrance, de douleur et de plaisir, cette ado paumée, moi.
Je me relis, et je pleure.
Mais pourquoi, bordel ?

Brève nocturne.
Faudrait que je dorme, la nuit. Peut-être un peu trop de choses qui me trottent dans la tête. Ouais, on va dire ça.

Tu sais ce qui est marrant avec cette photo ? J’ai pas besoin de voir ton visage, dessus, pour savoir très exactement l’expression de ton visage. Les yeux baissés sur les cordes, et cette moue quand tu te concentre. Les sourcils juste un peu froncés. Les coins de la bouche un peu vers le bas, ou plutôt non, l’impression que tu veux les embrasser, ces cordes. Et puis, tu joues qu’avec deux doigts.
Bref, et si j’allais dormir ?